Ciné-débat "Le temps des forêts" - La Turballe

  Cinéma, télévision

Description

Film documentaire « Le temps des forêts » de François-Xavier Drouët projeté et suivi d’échanges débats (animation par Bretagne vivante).

NAISSANCE DU PROJET
François-Xavier Drouet est arrivé il y a dix ans sur le plateau de Millevaches au Limousin, une zone boisée à 70%. Il ne connaissait alors rien aux forêts et ces grands massifs de résineux lui évoquaient le Canada et lui semblaient tout ce qu’il y a de plus naturel. Le metteur en scène se rappelle :

"J’ai vite compris que ces monocultures n’avaient rien de spontané et que la biodiversité sous ces conifères était très pauvre. Au détour de chemins, j’ai découvert des dizaines d’hectares coupés à blanc, des paysages saccagés, des sols et des rivières dévastés par les machines… Quelques semaines après, on replantait sur ces champs de ruines des petits sapins gavés d’engrais et de pesticides. En faisant ce film, j’ai voulu comprendre ce système que personne ne semblait questionner, comme s’il était le seul modèle possible pour produire du bois. Comme le dit un intervenant dans le film, on a tendance à penser la menace qui pèse sur la forêt en termes de déforestation. Le problème qui se pose en France est plutôt celui de la « mal-forestation ». Quelle forêt voulons-nous pour demain ? Un champ d’arbres artificiel ou un espace naturel vivant ? C’est la question que pose Le Temps des forêts."

BIO EXPRESS DU REALISATEUR
François-Xavier Drouet, né en 1980, a suivi le master de réalisation documentaire de Lussas après des études en sciences sociales. Il vit et travaille sur le plateau de Millevaches, où a été tournée une partie du Temps des forêts. Il est également co-auteur avec Téboho Edkins de Gangster Project (2011, 55'), et Gangster Backstage (2013, 38’).

FORCER LES PORTES
La filière bois est très soucieuse de son image et n’aime pas que l’on s’intéresse à elle. Personne n’a accepté que François-Xavier Drouet filme un épandage de pesticides en forêt par exemple. Il explique : "Il faut un peu forcer les portes pour accéder à certains chantiers, rentrer dans des usines, obtenir des entretiens… L’industrie investit énormément en communication pour verdir son image, en mettant en avant la replantation. Dans l’imaginaire urbain, planter un arbre, c’est un acte positif. Mais planter une monoculture à la place d’une forêt vivante et naturelle qu’on a rasée au bulldozer, c’est tout autre chose."

FORET PUBLIQUE
La forêt publique ne représente qu’un quart de la forêt française, mais plus d'un tiers du bois commercialisé. Les réformes menées depuis 2002 ont bouleversé le métier de l'agent ONF, à qui l’on demande de privilégier la vente du bois au détriment des autres fonctions de la forêt : écologiques, récréatives, paysagères… François-Xavier Drouet indique : "Depuis longtemps déjà, des projets de privatisation traînent sur les bureaux des ministères et les grands groupes sont à l’affût. Le film montre des agents très mobilisés pour défendre leur statut de fonctionnaires assermentés, garant pour eux d’une certaine autonomie. Ils auront besoin du soutien de tous pour y parvenir."

DEMYSTIFIER LA REPRESENTATION DE LA FORET
Le Temps des forêts est un film de paroles, où les mots interagissent avec le paysage. François-Xavier Drouet a voulu s’éloigner de l’esthétique traditionnelle des documentaires naturalistes qui montrent souvent une forêt mythifiée, sublimée, un peu carte postale, qui n’est pas vraiment celle que l’on rencontre au quotidien. "Le cœur du film n’est pas la forêt, mais ceux qui la travaillent et le rapport qu’ils entretiennent avec le vivant : la collaboration pour certains, l’opposition pour d’autres. J’ai filmé à hauteur d’homme, en tâchant d’inscrire les personnages dans leur milieu, de montrer les logiques de chacun, sans juger. J’espère qu’au terme de ce film, le spectateur ne regardera plus la forêt de la même manière et qu’il saura lire les contradictions qui la traversent", précise-t-il.

 Site internet : http://www.voscinemas.fr/evenements/interroger-le-temps-des-...